mercredi 1 octobre 2008

Instant de lecture






Le soir est tombé. Derrière chaque fenêtre, les lumières s'allumaient, elles filtraient, jaunes à travers les rideaux de dentelles.


Dès cinq heures, les tables des cuisines devenaient les tables des confidences. Le mains autour des tasses. Les têtes penchées. Rapprochées. Les verres qui traînaient, les torchons au-dessus des poêles.

C'était la fin du jour Pas encore la nuit. Mais cette heure terrible où les ombres reviennent. Les chiens ont commencé à gueuler.

Un premier faisceau de lumière a glissé du phare sur la surface de l'eau, il a éclairé le port, le mouillage des bateaux. La lumière a aussi éclairé la Griffue et puis tout a été à nouveau plongé dans le noir.


J'ai croisé des silhouettes, des êtres devenus des ombres parfois à ce point seuls qu'ils frappaient à n'importe quelle porte pour s'approcher d'un regard ou d'un feu. Ceux chez qui personne ne passait se traînaient jusqu'au bistrot. Les conversations s'étiraient. Le rideau un peu tiré. Même quand il n'y avait plus personne à voir, il suffisait d'une ombre. Et quand à parler de soi ils n'avaient plus envie, il leur restait encore à parler des autres. Des vivants et des morts.


Claudie Gallay Les déferlantes

1 commentaire:

Laura a dit…

çà me rappelle de bons moments de lecture... C'est un très bon livre.