mercredi 31 décembre 2008

Froidure







Nous irons dans la forêt de givre
main dans la main, le froid nous délivre
nous marchons dans les craquelures
la transparence envahit nos armures.



Nous avons déposé les fardeaux
sous l'indifférence glacée des rameaux
nous glissons délestés dans l'azur
oubliant les ricanements et les morsures,



du temps.


dimanche 28 décembre 2008

Just a little wind







J'ouvrirai les mains
pour laisser échapper
un vent léger.

Dans cet air impalpable
il y aura l'acceptation.


Je ne chercherai pas
à comprendre
à te retenir
dans mon poing
fermé,
à te consoler
dans une étreinte.


Il n'y aura rien
dans mes mains,
elles seront ouvertes.


Le lieu du vide
de deux mains ouvertes
est aussi peu vide
-ni vide et creux
ni plein et clos-
qu'un ciel pâle et léger
au matin, mais ouvert
sur un invisible sans nom.


Il y aura cet air oublié
"Just a little wind".



Photo:Détail du tableau de Rembrandt:
Saint Mathieu inspiré par l'ange

vendredi 19 décembre 2008

Offrande








"Dans le retour de l'enfant prodigue, le tableau nous présente le talon, plus expressif ici qu'un visage humain, un talon crasseux, écaillé comme un vieil oignon, comme le crâne couvert de pelade d'un condamné de droit commun, un talon débordant de compassion et de miséricorde..." (André Siniavski-écrivain Russe )

...Et, soeur jumelle du pied qui l'a traînée jusque-là, défroque dérisoire et magnifique, la sandale: usée, râpée béante. Trou d'ombre, dont la lumière caresse le seuil, avant de l'inonder jusqu'au fond, de ses laves brûlantes. Béance totale: exact symbole d'un coeur vidé de toute suffisance, enfin capable du seul geste sauveur qui est de se recevoir , tout entier, de l'amour dont on est aimé. remise de soi, sans dédit et sans condition, à laquelle achemine l'inflexible rigueur de l'errance. Qui a connu l'errance n'appartient à personne. Qui a connu l'errance ne peut s'en prévaloir...


...L'aventure intérieure, la seule qui vaille de compter, recèle de mystérieux engendrements. Tel celui de Claudel qui se reconnaît immensément "fils de Rimbaud ". C'est à la lecture des illuminations et d'une saison en enfer qu'il dit "avoir senti bouger en lui quelque chose qui pouvait ressembler à une âme..."

...La forme ne saurait naître que du mouvement, imprévisible de la matière: ça tremble dans l'espace entre le vide et l'évènement pur. Les touches, lentes et écoutantes, s'étagent sur la toile, font des éclats, battent en pluie, balbutient un désordre, fondent une harmonie, décuplent l'impuissance du geste, s'entêtent à y revenir. Elles giflent, griffent ou caressent, éparpillant à l'envi un alphabet sans suite qui est le non dit de l'amour. Et


"Font tomber cette pluie
où l'on se jette à genoux"....



Rembrandt,
le retour
du prodigue de
Paul Baudiquey
Détail du tableau de rembrandt :
Le retour de l'enfant prodigue










dimanche 14 décembre 2008

Chanson de la dernière chambre





Si peu de choses à dire,
un si léger relief,


et déjà le soir tombe
et nous ne savons plus


que nous, cette baleine
d'ombres et d'insomnie


égarée sur la terre
avec un coeur de saule


ou de salade au vent.


Tout ça parce que la nuit
et parce que la mer


unissant leurs dix doigts
convolent en marées


dans le dos des marins
que nous sommes ici


corps à corps amarrés,
mais la pensée au large


et si loin l'un de l'autre
à chercher dans l'obscur


une veine d'eau douce
qui parlerait pour nous


comme Jonas dressé
devant sa propre voix.


Guy Gofette - "Le pêcheur d'eau"
Photo :La chambre à coucher de Van Gogh

mardi 9 décembre 2008

frottement





la rivière a roulé ses galets

la crue les a déposés_

pèle mêle au hasard d'un chaos,

frottement

rugosité âpreté

des pierres déposées

arrêtées, entraînées

dans un dévalement rageur,

grincement brisure

bruit sourd

de l'eau et des pierres

se repoussant,

fracas assourdissant

résonnant dans le vallon.

Crissement éraillé

la rivière recrache

les pierres de son lit.

(Une crue de la Coise)

mardi 2 décembre 2008

Partir






Va, tu peux bien marcher des mille et des mille,
affranchir les mers, saisir au bond


les raccourcis de la lumière que tissent
l'enfance dans le noirs, les chiens


perdus, l'amoureuse au creux des larmes;
tu peux bien lester ton corps


avec le chant du merle, débaucher un nuage
plus vif, l'attacher à ton front,


tu resteras toujours, quoi que tu fasses
ou dises, celui qui ne sait pas


partir, et qui s'en va quand même
barboter un peu du côté des collines


dans le bleu qui s'exalte, s'exalter
avec lui parce qu'une feuille, un brin


d'herbe folle arraché à la glèbe
grimpe dans le soleil et relève un instant


tout chair, toute chute
de l'oubli et du maigre gésir.


Guy Goffette "Le pêcheur d'eau" \Photo: quelques herbes sur les plages Landaises