dimanche 31 mai 2009

Echo



Seule dans le noir quand la peur nous cerne
et que la seule chose qui nous sauve de l'effroi
est l'oubli ou la vie à l'état animal, instinctive,
où seul le ressenti et l'automatisme nous guide.
On ne peut cependant comme avec l'ordinateur
jamais débrancher totalement la pensée
"et comment empêcher la pensée de filer là où elle veut aller,
la pensée pense à son idée..." *
La pensée et ses questions obsédantes.
Quel sens donner à l'existence
alors que l'on a la sensation de n'être rien qu'un caillou
jeté dans l'atmosphère, livré aux caprices de l'univers,
de ses lois qui nous échappent et que l'on ne contrôle rien
ou juste une illusion de contrôle,
dans une contingence sociale où une comédie humaine
prend le pas sur une véritable existence,
mais qui sait ce qu'est une véritable existence?
alors que
" ce monde étrange continue de tourner"*
*Citations de Paul Auster extraites du livre Seul dans le noir

mercredi 27 mai 2009

La meule


Parfois la rencontre avec des choses inertes
produit un choc.
S'ouvre un puits de lumière
où notre œil s'engouffre.
Il s'opère comme un regain d'énergie
la matière danse à nouveau
union du vide et du plein,
au centre le silence
à la périphérie, vibrations.
La meule chante
la chanson du moulin oublié,
dans un crissement de la pierre
broyant le grain
je refais vivre la roue du temps
juste un instant
avant que tout ne retourne à la pénombre
et à l'oubli.

mercredi 20 mai 2009

La mer


La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur,
de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ö l'ange des plaisirs perdus
Ö rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ö parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle

Léo Férré

vendredi 15 mai 2009

Instantané


Je regarde passer
les grands bateaux immobiles
monuments en marche
dans le ciel tranquille.

Un soupir d'écume
le sillage lacère l'eau
la lumière vacille

puis le paquebot s'enfonce
quelque part
hors du champ,
du regard,
image engloutie,
rien ne s'est passé?

mardi 5 mai 2009

Carnet de notes




Perdu à Venise une écharpe
Laissé quelque chose de moi là-bas finalement.
Ça me fait repenser à ce vers écrit il y a longtemps:
Je tends les mains,
j'arrache au temps
son voile obscur.
Je ne saisis que du vent
une écharpe de soie
qui s'enfuit de mes doigts.


Vertige du temps...
Vu en passant un homme à une terrasse lisant un journal
devant un café.
Je ne sais pourquoi mais cette image me percute.
Regret.
Ne pas pouvoir goûter l'instant avec cette nonchalance.


Beaucoup trop de boulimie pas assez de lenteur de rêverie
de déambulation solitaire.
Rien donc pour qu'un poème ne vienne
au jour.


Seul le regard dérive et glisse
dans un oubli bienfaisant.


Rappel du corps, douleur.
Marche labyrinthique.
Aucun but.


Regard happé
par les reflets.
La mer, si proche, là!
à porter de main.


Âme à la dérive.
Juste une parenthèse
un temps entre deux rives
où l'on est si étranger et si présent à la fois
et où l'on peut caresser l'instant
d'une aile de goéland.
Indifférent.


Juste
"une capacité de mettre entre parenthèse
l'abrutissement pour pouvoir le travailler"

La citation finale est extraite du livre de Antoine Emaz
Cambouis - Edition Seuil-Déplacements