Le cri des mots, du silence qui s'infiltre dans les racines des arbres, remonte le long de leurs troncs, de leurs branches, de leurs feuilles. Il parait immobile dans le creux des songes. Alors avancer en silence, parler aux arbres, à leurs reflets dans l'eau. Attendre un signe qui serait pour soi une clef, une porte, un passage. De silence en silence les arbres ploient sous le vent. On crie parfois. Le cri n'atteint jamais le ciel. Il disparait dans un brouillard, il s'éteint dans le froid des hauts du hurle vent qui s'en empare et le dissout en une plainte déchirante , celle d'un animal blessé.
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vendredi 24 février 2012
vendredi 17 février 2012
Fleuve
_____________Un autre fleuve est passé sur la plaine
_____________déposant alluvions remords et peines
_____________ne pas lutter épouser l'âme du fleuve
_____________comme un dieu très ancien
_____________porterait dans ses mains
_____________fragile fétu de paille notre destin.
_____________Le fracas de l'eau résonne dans la vallée
_____________tant d'hommes noyés dans la douleur
_____________broyés par le mépris mais la colère roule
_____________les galets crissent la rage projette
_____________l'écume sur les rives brunes
_____________
_____________Le vent siffle sur les pierres qui déchirent l'eau
_____________Assis près du fleuve les pèlerins du temps
_____________contemplent la vie et ses tourments
_____________au dessus de l'onde le cri des mots
vendredi 10 février 2012
Spirale 2
Impalpable métamorphose, mouvements infimes, accrochés à des volutes, ainsi s'accomplit notre vie de chutes en élévations. Tournoiement incessant, impalpable chant du vent qui relève nos désespoirs, du bleu qui ravive nos lassitudes. Nous marchons vers un horizon lointain où tremble une lumière incertaine. Des roches trouées laissent passer nos rêves et sur le sable la mer efface nos doutes, encore et encore. Il reste une inaltérable joie d'enfant à sauter de rochers en rochers à la recherche d'un fabuleux coquillage. Mais c'est un réconfort de penser que dans la spirale on ne repasse jamais tout à fait au même endroit et que l'on n'est jamais le même, il y a un infime écart qui nous déporte légèrement, nous empêche de tourner en rond___c'est réconfortant de le croire,_ l'adage "on n'entre jamais deux fois dans le même fleuve" pourrait se dire aussi on n'entre jamais deux fois, le même, dans le fleuve, à chaque fois un autre fleuve.

mercredi 8 février 2012
samedi 4 février 2012
"Cet été là"
..."Elle nagea loin, puis se retourna pour regarder la côte. Elle appartenait à cette terre là. Vu d'ici c'était si peu. Elle était née dans cette fourmilière dont l'agitation ne cessait jamais, le jour se levait quelque part dès que la nuit arrivait ailleurs et c'était comme des départs de feu, cela s'embrasait continuellement et rien ne pouvait empêcher le mouvement, sept milliards d'êtres humains vieillissaient en même temps. Elle ferma les yeux allongée sur le dos, tenue par l'eau salée et lourde, elle était une partie, une toute petite partie du monde. Elle n'aurait su dire si c'était dérisoire, ou énorme, et s'il y avait une responsabilité à cela. Elle pensa aussi que dans ce monde, chaque chose était nommée. L'intérieur d'une noix. Les parties du corps les plus microscopiques. Les sentiments les plus complexes. Les matières. Les fonds marins, les volcans, tout avait un nom. Elle, pourtant, aurait été incapable de dire ce qui l'habitait. Puis elle attendit que cela vienne comme à chaque fois, et cela vint: le besoin soudain de ne plus être seule au milieu de l'eau, le besoin de rejoindre les autres, nager vers le rivage avec la petite peur que la mer nous retienne, comme si cela ne devait jamais finir, comme s'il était possible de nager sans cesse sans jamais arriver nulle part. ..."
Véronique Olmi
Extrait du roman "cet été là"
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