jeudi 29 mai 2008

heure brève






Ainsi s'achève

l'heure brève.
Elle coule
serpente.
S'enfuit.

Le long des rives
court un rire
cristallin
d'eau
de pierre
de lumière
sans fin.

jeudi 22 mai 2008

Le fil d'Ariane









Il est un fil appelé d'Ariane pour sa solidité,
la nuit il devient phosphorescent,
lorsqu'on le suit il mène droit à un labyrinthe,
plus on le suit, plus l'on se perd.
Au coeur du labyrinthe la mémoire se délite,
le fil se tortille devient un ver de terre aveugle,
des voix d'outre tombe se font entendre
qui crient:" Ce n'est pas la bonne voie!
le fil est un leurre!" Ariane arrive alors,
elle coupe le fil, elle nous délie de nos amarres
de nos serments de nos devoirs.
On s'envole au dessus des noeuds embrouillés
de la vie, dans le ciel étoilé.




















dimanche 18 mai 2008

La maison de l'ogre







Autrefois je pensais qu'il fallait écrire avec des cailloux blancs afin de pouvoir retrouver son chemin. Aujourd'hui je vois qu'un peu de mie de pain suffit et qu'il faut avancer dans l'obscurité en se servant des traces confuses laissées dans la forêt, de ce qui reste de lumière et si je vois, comme aujourd'hui la lampe de la maison de l'ogre, je suis content car elle éclaire cette page où je parviendrai peut-être à faire apparaître la plus intime des écritures, celle de nos grands prédateurs.


Henry Bauchau



Extrait du livre Le boulevard périphérique

lundi 12 mai 2008

Inspiration








Parfois,
monte un poème.
Parfois,
il ne monte rien.
Et ce rien
n'est pas l'absence
ni le vide.
Plutôt un état d'attente
une vacuité
de ce qui peut venir.
Un ennui une nonchalance.
Mais comme le chat assoupi
on sait que passera tôt ou tard
une émotion une vision
intérieure ou extérieure
qui mobilisera l'énergie
et captera l'attention
jusqu'à rendre gorge
dans des mots à venir
du fond des lointaines mémoires,
jaillissant commme un éclat de lumière
sur une pierre critalline.

dimanche 4 mai 2008

La folie du jour





Je ne suis ni savant ni ignorant, j'ai connu des joies, c'est trop peu dire. Je vis et cette vie me fait le plaisir le plus grand. Alors la mort ? Quand je mourrai, peut-être tout à l'heure ,je connaîtrai un plaisir immense! Je ne parle pas de l'avant goût de la mort qui est fade et souvent désagréable, souffrir est abrutissant. Mais telle est la vérité remarquable dont je suis sûr, j'éprouve à vivre un plaisir sans limite et j'aurai à mourir une satisfaction sans limite. J'ai erré, j'ai passé d'endroit en endroit. Stable j'ai demeuré dans une seule chambre. J'ai été pauvre puis plus riche puis plus pauvre que beaucoup. Enfant j'avais de grandes passions et tout ce que je désirais je l'obtenais. Mon enfance a disparu, ma jeunesse est sur les routes, il n'importe! Ce qui a été j'en suis heureux, ce qui est me plait, ce qui vient me convient. Mon existence est-elle meilleure que celle de tous ? Il se peut...J'ai un toit, beaucoup n'en n'ont pas, je n'ai pas la lèpre, je ne suis pas aveugle, je vois le monde! bonheur extraordinaire! Je le vois ce jour, hors duquel il n'est rien!Qui pourrait m'enlever cela ?Et ce jour s'effaçant je m'effacerai avec lui. Pensées, certitudes, qui me transportent.

La folie du jour. Maurice Blanchot