lundi 14 juillet 2008

La source





Aquesta eterna fonte està escondida
en este vivo pan por darnos vida
aunque es de noche


Aqui se està llamando a las criaturas
y de esta agua se hartan, aunque a oscuras
porche es de noche


Aquesta viva fuente que deseo
en este pan de vida yo la veo
aunque es de noche

________


Cette éternelle source elle est enfouie
en ce pain vif pour nous donner la vie
malgré la nuit


C'est là qu'on appelle les créatures
qui boivent de cette eau même en l'obscur
car c'est la nuit


Cette source vive que je désire
c'est de ce pain de vie que je la tire
malgré la nuit


Saint Jean de la Croix

Traduction de Jacques Ancet

samedi 12 juillet 2008

Aunque es de noche




Sé ser tan caudalosos sus corrientes
que infiernos cielos riegan y las gentes
aunque es de noche



El corriente que nace de esta fuente
bien sé que es tan capaz y omnipotente
aunque es de noche



El corriente que de estas dos procede
sé que ninguna de ellas le precede
aunque es de noche


_______



Je sais qu'ils sont si puissants ses courants
qu'ils baignent tout l'enfer les cieux les gens
malgré la nuit



Issu de cette source le courant
est si vaste je le sais si puissant
malgré la nuit



Le courant qui de ces deux-là procède
l'une ou l'autre je sais ne le précède
malgré la nuit

jeudi 10 juillet 2008

Nuit (suite)






Sé que no puede ser cosa tan bella
y que cielos y tierra beden de ella
aunque es de noche


Bien sé que suelo en ella no se halla
y que ninguno puede vadealla
aunque es de noche


Su claridad ninca es oscurecida
y sé que toda luz de ella es venida
aunque es de noche


_______



Je sais qu'il n'est nulle chose si belle
et que les cieux la terre boivent en elle
malgré la nuit


De fond je sais qu'on n'en peut découvrir
et que nul à gué ne peut la franchir
malgré la nuit


Sa lumière jamais n'est obscurcie
et je sais que tout éclat en jaillit
malgré la nuit


St Jean de La Croix

mardi 8 juillet 2008

Cantar del Alma (Juan de la Cruz)




Que bien sé yo la fonte que mana y corre
aunque es de noche



Aquella eterna fonte està escondida
que bien sé yo do tiene su manida
aunque es de noche



Su origen no lo sé pues no le tiene
mas sé que todo origen de ella viene
aunque es de noche


_______


Je sais bien la source qui coule et fuit
malgré la nuit



Cette source éternelle est bien enfouie
je connais le lieu d'où elle surgit
malgré la nuit



Je ne sais l'origine n'en a point
mais je sais que toute origine en vient
malgré la nuit




samedi 5 juillet 2008

Cri




Dans le silence. Et tant à faire dans le plus simple
silence: je me suis tu.


Là, une parole est enfouie.
Péripétie de l'aridité des mots: aucun lieu aucune
fontaine. Quel est le cours d'eau qui rendra à la
source le corps absent et le restituera à la mer ?
Fin approximative, puisque le rivage, le sable, la
vague, le désir et...


Cri.



Recommencer à parler.
Conquérir.
Pas à pas revenir à ces lieux oubliés.


J'ai répondu :
la terre est notre mémoire.

Mes mots se sont fondus dans l'air.
seul écho, cette cicatrice
qui fend ma chair comme la terre
au plus fort de la soif.


Appellera-t-on cela un cri ?

Un homme a crié entre la rive proche et le rivage qui
l'emporte.

(Jean-Claude Izzo : "L'aridité des jours")

jeudi 3 juillet 2008

Le chant du sabre



En montant sur le tigre, l'intention et le souffle s'expriment avec les sept étoiles.

La grue banche déploie ses ailes en cachant ses pattes.

Le vent balaye le lotus sous les feuilles.

On regarde la lune en ouvrant la fenêtre et en se penchant.

On sépare en regardant à gauche et à droite.

On se défend dans les huit directions en s'armant de la navette de la fille de jade.

Le lion joue avec la balle qui roule en avant.

Le boa géant de la montagne ouverte se faufile.

De gauche à droite, de haut en bas, le papillon s'amuse avec la fleur.

On tire et on se déploie comme un moulin à vent, en tournant le corps.

On saute des deux jambes pour frapper le tigre.

Le corps à moitié penché, on attaque les pattes du canard sauvage.

On pousse le bateau dans le courant du fleuve.

On se tourne avec les deux mains séparées en sautant la porte du dragon.

On fend la montagne Hua avec force.

Le sabre s'arrête comme le phénix rentre à son nid.



mardi 1 juillet 2008

Danse




M'enracinant profondément dans cet envol, je m'enlace de
vide.
L'épiderme de l'épiderme est fait de vide.



La séparation de la peau a disparu.



Recueilli dans son jaillissement mon corps est au centre de
cette liberté.
Il danse dans le vent de la conscience.



A présent l'intelligence n'est plus au-dedans de mon corps ,
c'est mon corps qui est au -dedans de l'intelligence,
au-dedans de ma présence.


(Photos et textes de Michel-Laurent Dioptaz)