vendredi 24 octobre 2008

"Une lumière"





Il y avait dans son regard un mélange de tendresse et de douleur, une lumière propre à ceux qui vivent la vie avec infiniment plus d'acuité que les autres. Le regarder m'a fait mal.


Claudie Gallay


Photo :Pierre senges (le matricule des anges)
Pierre Senges nous surprend prodigieusement en une phrase ou en mille dans une symphonie de la langue . (fragments de Lichtenberg)
"Imaginons un livre trouvé par hasard au sommet d'un arbre et lu sur la branche, ouvert d'une main, l'autre s'accrochant à une pomme"
Renversant, non ?



lundi 20 octobre 2008

Le pied ailé




Quelqu'un a gravé
de son pied ailé
l'emprunte d'un pas
fragile
sur l'argile
sur le miroir argenté
des eaux dormantes
au crépuscule
des désirs suspendus.

Oh nuit marine!
Un goéland déchire l'espace
les ailes offertes au vent.

Quelqu'un ouvre l'espace
trace des formes
qui meurent
qui renaissent sans cesse.

Le danseur a posé
son pied sur mon coeur.


PHOTO: Le danseur Alain Alexandre

mercredi 15 octobre 2008

"la compatissante"




C'est la même terreur la même incrédulité,
voir le poison secréter la même souffrance.
Infiniment.
Pourtant les lys blancs se sont ouverts,
roses rouges sang
coeur pur du lys blanc
mêlés,
au coeur du coeur,
la compassion.


La compassion vient de loin
du plus lointain de soi,
du plus profond,
d'un lieu improbable,
incertain
inaccessible,
mais elle-est-
là.

"L'implorante"




Il a emporté le plâtre de la couturière à Valognes. Il a emporté aussi l'un des petits funambules.La porte de l'atelier est restée grande ouverte. La porte sans la pierre.
Pendant son absence, l'atelier était un temple nu et silencieux. Je suis entrée. J'ai avancé entre les ombres des silhouettes pétrifiées dont les ventres taris s'ouvraient sans pudeur.
Le silence des femmes. Ces visages m'étaient anonymes et pourtant il me semblait les connaître. Les mains aux doigts de pierre. Je les ai approchés. Sans peur.
Les sculptures de Raphaël étaient mes soeurs, elles étaient mes suppliantes.
Le silence faisait bloc dans l'atelier.Il restait des traces de plâtre sur le sol, là où la couturière était posée. L'empreinte du socle. Le pull de Raphaël.
les déferlantes Claudie Gallay
Photo - sculpture de Camille Claudel

mercredi 8 octobre 2008

Seul





Qu'il y ait maintenant pour nous, en nous,
cette âme, notre corps qui se courbe,
s'agenouille puis s'élance,
se laisse conduire puis mène la danse,
comme_enfant_tu lançais des bouteilles
dans le courant sans chagrin
afin qu'elles soient une eau elles aussi,
deviennent comme une eau juste plus sombre
dans la course éternelle;
qu'en nous maintenant
quelqu'un vienne et se dénoue
pour plus secret que soi.

Pascal Riou Comme en un jour

VIEIL HOMME, LA TÊTE DANS LES MAINS
(D'après la lithographie A la porte de l' Eternité)
Vincent réalisa une peinture d'après une gravure
qu'il avait faite à la Haye, plus de six ans auparavant,
au moment où il s'était décidé à devenir artiste.
L'oeuvre originale, avec une légende en anglais,
montre un homme attendant patiemment la mort.

mercredi 1 octobre 2008

Instant de lecture






Le soir est tombé. Derrière chaque fenêtre, les lumières s'allumaient, elles filtraient, jaunes à travers les rideaux de dentelles.


Dès cinq heures, les tables des cuisines devenaient les tables des confidences. Le mains autour des tasses. Les têtes penchées. Rapprochées. Les verres qui traînaient, les torchons au-dessus des poêles.

C'était la fin du jour Pas encore la nuit. Mais cette heure terrible où les ombres reviennent. Les chiens ont commencé à gueuler.

Un premier faisceau de lumière a glissé du phare sur la surface de l'eau, il a éclairé le port, le mouillage des bateaux. La lumière a aussi éclairé la Griffue et puis tout a été à nouveau plongé dans le noir.


J'ai croisé des silhouettes, des êtres devenus des ombres parfois à ce point seuls qu'ils frappaient à n'importe quelle porte pour s'approcher d'un regard ou d'un feu. Ceux chez qui personne ne passait se traînaient jusqu'au bistrot. Les conversations s'étiraient. Le rideau un peu tiré. Même quand il n'y avait plus personne à voir, il suffisait d'une ombre. Et quand à parler de soi ils n'avaient plus envie, il leur restait encore à parler des autres. Des vivants et des morts.


Claudie Gallay Les déferlantes