mercredi 29 avril 2009

Pensées





penser, vivre, mer peu distincte;
Moi-Çà-Tremble,
Infini incessamment qui tressaille.


Ombres de mondes infimes
ombres d'ombres
cendres d'ailes.

Pensées à la nage merveilleuse,
qui glissez en nous, entre nous, loin de nous,
loin de nous éclairer, loin de rien pénétrer;


étrangères en nos maisons,
toujours à colporter
poussières pour nous distraire et nous éparpiller
la vie.


Henri Michaux

jeudi 23 avril 2009

"Je vous écris"





Je vous écris d'un pays lointain

Ailleurs...assurément ailleurs

Je ne sais pas faire de poèmes

Mais où est-il donc ce voyage?

Je ne voyage plus... Aucune contrée ne me plaît

Ce n'est pas ça. Ce n'est jamais ça.

J'écris pour me parcourir

Là est l'aventure d'être en vie

Nous ne sommes pas un siècle de paradis

Voir c'est croire en ses yeux

Oeil à l'état sauvage.

Mes poèmes sont insituables

et rigoureusement émotionnels

Faute de soleil, sache mûrir dans la glace

Ecoute, je suis l'ombre d'une ombre qui s'est enlisée

Je me disperse dans le monde solide et liquide.


Henri Michaux (Ailleurs, assurément ailleurs)

mardi 7 avril 2009

Une ligne de lumière




Il y a une ligne de lumière
entre l'eau et la terre
c'est elle que je suis,
je la survole
elle m'imprègne
me précède
les oiseaux de leurs ailes
l'effleurent.

Elle me tient éveillée
je la tiens parfois
au creux des mains

elle ne ment pas,
même au jour les plus gris
elle est là,
elle ourle les paupières
atténue la gravité terrestre
aide à la verticalité.

Si l'on tend les bras
on ressent sa chaleur
et sa lumière couler des doigts
elle nous étire vers l'infini
parfois nous crucifie.