mercredi 28 octobre 2009

Me voici dans le noir



Je me souviens seulement d'une ondée de soleil, d'une lumière versante,

et du silence des bois, en attente de pas.
Et la certitude de ce chemin,
de ce sentier plein, terreux,
et la tranquille turbulence du sang.
Même si ce furent des ailes: je m'enlisais
dans une terre molle, boueuse.

Fabio Pusterla
(Ed. Empreintes 2001, trad de l'italien par Mathilde Visher)

mardi 20 octobre 2009

Fin d'été

Boire encore
le soleil du figuier
ruisselant
le visage tendu
les yeux fermés
implorer l'astre solaire.

L'ocre des murs
rassasie encore
à profusion
mais la faille de l'ombre
déjoue l'illusion
le silence des pierres
la meurtrière murmurent
c'est un été qui s'achève

il y aura encore
un hiver à traverser
sa bise froide
figeant nos visages
auréolés
des derniers reflets dorés
des heures chaudes
et vespérales.

Photo : village Le Poët-Laval
Dimanche 4 octobre

mardi 13 octobre 2009

Comme en un jour

Pour que nous vivions

Comme l'on aimerait se tenir juste
dans la marée du temps,
sa majesté prodigue et cruelle,
semblable tour à tour au chant des moines,
bien alterné, de grand repos,
puis à ces musiques pauvres et graves
où l'accordéon s'emballe, se déchire
et porte la mélancolie plus loin que nos rires.

Et se tenant à même le coeur,
confier nos jours au racloir du vent
qui passe, limpide, sur les montagnes de janvier
celles qui bordent jusque tard dans les terres
l'antique mer et le commerce de ses hommes.
et là dans la lumière, nous laisserions croître
toute la matière inspirée du désir
force et gardienne de vie.

Car l'on se dit à certaines heures
qu'il suffirait de nous asseoir en paix
dans l'herbe rase de l'hiver
cette forte toison usée et renaissante
pareille à la foule faucardée des siècles
pour voir notre regard poli
par tous les dons du temps
et savoir que si nous marchons
peut-être vers le pire effroi,
il nous aura bien été donné
d'aimer et d'être aimés, de pouvoir dire :

"Voyez tant de siècles, mais ces amandiers
qui s'enracinent et se parent en fidèles veilleurs.
Voyez, nul secret, juste ouvrir
nos naseaux et frotter notre âme
contre leurs troncs gercés, fripés.."

Combien l'on souhaiterait ne plus être
que cette hospitalité
et celle des grands vins gracieux ouverts
selon leur âge et le goût de nos hôtes,
des grands livres à ruminer toujours
mais à poser aussi comme on égare un outil
près du mur, de la table du jardin.

A contempler ces pages mouillées par le matin
la trace du vin dans le verre oublié
on ne sait plus quelle raison aurait la violence
quand la paix est notre seul bien,
la seule fin qui tout ordonne: l'amitié,
le tact, le coffre renonçant à exiger son dû,
les douceurs que l'on dépose
sur la table des malades et même
ce qui parle à nos âmes enroncées
d'une vie sans la mort.

Comme en un jour
Pascal Riou
Cheyne Editeur
Photo: cadran solaire au village de Saoû dans la Drôme

mercredi 7 octobre 2009

Forêt


Nous marchons dans la forêt

de Saoû

l'obscur nous enserre

l'ombre nous enveloppe

cherchant une issue

on se heurte sans cesse

à la paroi du Synclinal


la muraille est couverte

de végétal

qui pend comme des cheveux

de vieille femme

parfois un trou noir

happe le regard

et l'oeil s'y engouffre

en désespoir de cause