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mardi 26 juillet 2011
Lecture ... Suite
...
"_Oui ça fait peur, le temps mort. Pourtant c'est dans ce temps-là, où en apparence il ne se passe rien, que tant de choses en nous se ramassent, pour prendre forme... Regarde, si tu n'étais pas parti te morfondre au bord de la mer, tu serais là aujourd'hui ? Le temps mort, là-bas tout seul, tu l'as supporté. Aujourd'hui tu es ici.
_Et toi Marcel, le temps mort ?
_ Oh là oui, je l'ai traversé. Et je le traverse de plus en plus souvent, Antoine. Presque tous les jours maintenant. Au début, quand j'étais jeune, je pensais qu'il y avait des causes. La mort de Lucile, bien sûr, et d'autres "bonnes raisons"...mais bientôt j'ai senti que ça venait en dehors de toute cause, ce temps vide, difficile à passer, un temps où le fait de vivre n'est pas évident, c'est pas donné, non. On sent que du temps passe, que la vie passe, en nous, et c'est étrange d'en prendre conscience et de n'en rien faire. Rien juste"passer le temps" comme on dit...J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les vrais oisifs, ceux qui arrivent à ne rien faire sans se détruire... Tu vois moi j'ai des passions, les livres, ça me sauve...Je traverse mes temps morts avec des gens qui ont œuvré pour ça, ceux qui ont écrit... Je les aime et je leur suis infiniment reconnaissant du temps passé devant leur table..."
Suite de cet excellent livre de Jeanne Benameur
Les insurrections singulières
Bon été à vous !!!
vendredi 22 juillet 2011
lecture d'été

_____..."Je revoyais Lucas "Nous, On n'a pas le choix". Sa phrase me faisait mal . C'est quoi ne pas avoir le choix? C'est passer sa vie à quoi? La conversation avec Marcel s'est poursuivie. Il était en verve et peu à peu je retrouvais mon intérêt à l'écouter.
_____...La question du travail, elle n'est pas nouvelle, Antoine, elle est là bien avant celle du profit capitaliste. Il faut quand même bien se questionner sur la racine même du travail. Pourquoi les hommes ont-ils tant besoin de travailler, hein ? Pourquoi l'oisiveté est-elle montrée du doigt comme la mère de tous les vices depuis toujours? Tout ça, ça ne date pas d'aujourd'hui ! Avant de s'en prendre au monde des affaires, il faudrait essayer de comprendre l'affairement des êtres humains. l'affairement. Si tu le réduis juste à une histoire de patrons et d'ouvriers, tu passes à côté de quelque chose de bien plus intéressant encore.
_____Là Marcel avait touché juste. Il avait touché exactement le nœud de mes questions à moi, celles que je n'arrivais pas à formuler.
_____Depuis l'enfance il y avait un écart entre moi et ceux qui s'affairaient, comme disait Marcel. Moi, j'aurais bien passé ma vie à contempler les gens, les choses, à écouter, à sentir, à toucher. C'était ça être vivant. Plus je grandissais, moins je savais me débrouiller avec tout ce qui m'envahissait: les sensations, les émotions, tout était trop fort. Je ne pouvais en parler à personne. Il n'y avait pas moyen de caser les études. Pas moyen de faire une place à l'espérance des parents. Alors je courais comme un fou sous la pluie. Pour reprendre souffle.
_____Quand je parlais à Marcel, je m'éclaircissais.
...Je feuillette les pages. J'entre dans les rues d'une ville inconnue. Je déambule. Les mots, les phrases comme des façades à contempler. J'essaie de sentir l'architecture de cette ville-là. Étrangère.
___Il y a la date de chaque jour pour entamer l'écrit, un trait horizontal pour clore chaque jour passé.
Et pas de blanc entre.
Des petits pavés inégaux.
La vie de mon père.
Je pense à ces jardins ouvriers bien exploités, sans place perdue, morcelés en carrés, en rangées bien alignées. Ici, ce sont les jours qui sont découpés, rangés, cultivés.
Bientôt mon œil est attiré par les passages les plus courts. Certains jours, juste la date notée. Le trait bien tiré dessous.
Et rien.
Ce sont ces jours de rien qui me bouleversent
Le besoin de noter la date quand même.
Parce qu'un jour ne peut pas totalement se perdre ?
... Mon père a noté bien plus qu'un tour de main. Il a noté ses jours. Je comprends que c'était bien au-delà de Lusine et que je me suis fourvoyé à le chercher là où il n'était pas, dans ce qui se voyait, cette vie toute entière dévoué au travail. Le haut de l'iceberg.
Ce qui tenait cette vie là, si évidente, ce sont les jours de rien, les jours qui ne vont pas jusqu'à la lumière. ... "
Excellent livre !
___Il y a la date de chaque jour pour entamer l'écrit, un trait horizontal pour clore chaque jour passé.
Et pas de blanc entre.
Des petits pavés inégaux.
La vie de mon père.
Je pense à ces jardins ouvriers bien exploités, sans place perdue, morcelés en carrés, en rangées bien alignées. Ici, ce sont les jours qui sont découpés, rangés, cultivés.
Bientôt mon œil est attiré par les passages les plus courts. Certains jours, juste la date notée. Le trait bien tiré dessous.
Et rien.
Ce sont ces jours de rien qui me bouleversent
Le besoin de noter la date quand même.
Parce qu'un jour ne peut pas totalement se perdre ?
J'imagine les jours de rien. la fatigue. J'imagine le vide. Le renoncement. Et cette dernière résistance à tout ce qui échappe : noter la date, tracer un trait bien droit juste en dessous.
Mes doigts caressent lentement les jours de rien inscrits sur les pages.
La vie de mon père trouée. Pas un mot pour arracher une étoile à l'obscur. Une date, un trait.
Et c'est tout.
Combien de vie comme la sienne ?
Comment être content tous les jours de partir le matin, dire au revoir aux enfants, embrasser sa femme, retrouver les autres à l'usine, le travail et recommencer le lendemain ? La même chose. La même.
Mes doigts caressent lentement les jours de rien inscrits sur les pages.
La vie de mon père trouée. Pas un mot pour arracher une étoile à l'obscur. Une date, un trait.
Et c'est tout.
Combien de vie comme la sienne ?
Comment être content tous les jours de partir le matin, dire au revoir aux enfants, embrasser sa femme, retrouver les autres à l'usine, le travail et recommencer le lendemain ? La même chose. La même.
... Mon père a noté bien plus qu'un tour de main. Il a noté ses jours. Je comprends que c'était bien au-delà de Lusine et que je me suis fourvoyé à le chercher là où il n'était pas, dans ce qui se voyait, cette vie toute entière dévoué au travail. Le haut de l'iceberg.
Ce qui tenait cette vie là, si évidente, ce sont les jours de rien, les jours qui ne vont pas jusqu'à la lumière. ... "
Excellent livre !
lundi 18 juillet 2011
Rêveries
__________________________Le rêve du rêve
__________________________Entre en résonance
__________________________Je reviens dans les songes
__________________________Je goutte l'odeur du chèvrefeuille
__________________________Les reflets clignent de l’œil
___________________________Se jouent des apparences
___________________________Je ne sais si j'ai rêvé
___________________________Ces instants mais un appel
___________________________A nouveau à retourner
______________________________A vérifier si cela était réel
___________________________Demain sans nul doute
___________________________Remettre mes pas dans mes pas
___________________________Et retourner dans la marche spiralée
vendredi 8 juillet 2011
A la recherche...
____________________________sur ses pas
____________________________pourquoi ressasser
____________________________repasser dans les traces
____________________________retrouver ses empreintes
____________________________remettre son regard dans les choses vues
____________________________Pour ne rien posséder
____________________________on ne désire pas moins cependant
____________________________s’approprier un peu
____________________________les choses les paysages
____________________________les mouvements
____________________________Notre vie est du vent tissé*
____________________________On erre à droite à gauche
____________________________à la recherche d'un centre
____________________________invisible on déambule
____________________________d'une rive à l'autre
____________________________tentant d' happer le temps
____________________________mais c'est toujours lui
____________________________qui nous happe
____________________________on fait semblant
____________________________on s'accroche à son livre
____________________________qui nous relie à un réel fuyant
____________________________*Joubert
dimanche 3 juillet 2011
La fuyante
__________________________________jardin intérieur
__________________________________jardin perdu
__________________________________faut il aller si loin
__________________________________pour se rejoindre
__________________________________
__________________________________errer
__________________________________se perdre encore
__________________________________puis las
__________________________________abandonner les repères,
__________________________________
__________________________________seules les ombres
__________________________________frôlent des certitudes
__________________________________oubliées
"Mais quel nouveau silence
force les yeux éteints
plus loin dans l'ombre"
(Jean Marie Barnaud-Passage de la fuyante)
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