mardi 26 juin 2012

Blés



A peine entrevue le bruissement des blés, vagues d'ombre et de lumière, surface argentée presque liquide ou marine. Tu t'arrêtes au bord du chemin pour saisir cette houle mouvante ce murmure pour toi seule. Magie de l'instant qui se donne. Tu voudrais ici planter ta tente, ouvrir un livre, lire là quelques lignes d'un poème qui accompagneraient ces blés verts. Tu entends à l'intérieur de toi un air de piano lointain peut être Schubert ou Chopin et la mer si proche, l'air salin qui t'emporte comme un sourire d'enfance. Tu restes là si loin si proche de toi. Et sur la pointe des pieds tu sors du champ , du cadre. Tu continues ton chemin vers d'autres lieux qui te transporteront te raviront dans de nouvelles vagues de souvenirs bruissants.
 


mercredi 20 juin 2012

Péril



Le péril n'est jamais loin, il rode il s'insinue dans les failles de nos assurances, dans le ressassement des pensées, dans le ressac  des marées déchainées. Il nous couche et nous courbe. Dans le tremblement des mots, dans nos jardins clos, nos allées bien alignées. Nos fleurs déjà penchent la tête. Il est temps d'effleurer le bleu d'une aile vive, de laver son âme à la joie vive, de mêler nos doigts attentifs au frêle vent qui nous porte et fait murmurer les blés. Nos mains sont des étoiles qui se ferment et aspirent des trous noirs de détresse, nos mains sont des étoiles qui s'ouvrent à la lumière et ruissellent de beautés à peine entrevues.

mercredi 13 juin 2012

Erri De Luca


_________________________"Je me déplace 
_________________________le long des lignes parallèles
_________________________d'un autre alphabet "

mardi 12 juin 2012

Os

" Fils d'humain, ces ossements vivront-ils ?" (Ezéchiel)


écrire encore malgré bien sûr
cela peut sembler bizarre

se taire serait pire avec
juste les ombres

on ne sait plus dans les yeux tant
se confondent les formes

possibles qu'il n'y ait que des arbres qui manquent
maintenant et peut être du sable
des remparts de sable des dunes

vieux pays d'os

des yeux
comme une mémoire qui fouille
dans le sable des mots des gens
aimés ou pas perdus ou non
gens de rien grains de gens
jusqu'à la masse de sable devant
dune

une toile cirée à carreaux jaunes
là malgré tout plus
que le sable et moins présente
en fin de compte ce soir

encore vivant devant
c'est tout ce qu'on peut dire
avec ce qui a versé
de l'autre coté du sombre
quand ça passe en bourrasques
de pluie de nuit de bruit qui cassent
des fibres

les carreaux jaunes sans îles


vagues de dunes les unes
après les autre sur les os
secs

remanier le pays remodeler refaire
comme un sol des mots des choses
sans être sûr de tout

à peu près cela
poème ou retour des choses qui n'a que faire
en main d'être ou pas juste
retour des choses

dans ce bazar et quoi
souffle court ahane comme parle
en face encore
au bout

c'est du brouillard épais pas loin qui monte
et il ne laisse pas vraiment seul

dans la musique
du sable

rien n'est plus lisible
n'est-ce pas


Antoine Emaz - Caisse claire  
Poèmes 1990-1997


mardi 5 juin 2012

VENISE - Carnet de bord - 13 - Fin




                                "au bout du jour
                                 qu'est-ce qui reste

                                 on a parlé 
                                 on a fait ce qu'il fallait
                                 on n'a pas avancé d'un pouce

                                 peut-être cela vaut-il mieux
                                 on s'est reposé d'attendre si fort

                                 mais l'usure de l'étoffe
                                 quand on la regarde de près
                                 fait un peu peur "
                                                                                                               Antoine Emaz    Caisse Claire
                                                                               


lundi 4 juin 2012

VENISE - Carnet de bord - 12


Oui c'est bien l'arrivée à Venise qui est le plus jouissif. Un moment de grâce où vous flottez dans l'air au dessus des canots. Après tout va trop vite. Vous êtes happés avalés par la profusion la déroute la fatigue la boulimie de beauté . C'est là qu'il faut partir puis attendre d'avoir envie de Venise encore comme de quelqu'un que l'on a pas connu ou mal aimé qui ne s'est pas laissé dévoiler jamais. C'est quand on la quitte qu'on la regrette. On n'aura pas fait toutes les rues on n'aura pas pris assez le temps de la nonchalance. On voudrait rester encore alors qu'on voulait partir! Mais c'est parce qu'on part que regrets et désirs assaillent. Alors goûtons le départ et sa mélancolie douce.

dimanche 3 juin 2012

VENISE - Carnet de bord - 11



Rien de nouveau à Venise, mais la quête de soi, son labyrinthe comme les quartiers de Venise, sa beauté caché son lien à l'infini avec la mer. Cela est finalement assez accessible mais il faut se dégager de l'artificiel et c'est difficile. Je suis une ombre qui marche dans le débordement des vanités dans l'étalement du luxe ou je circule dans un théâtre d'ombre et je me sens lumière. J'expérimente l'effacement. On s'épuise à trouver une direction un but un sens. A force on en devient austère. Squelettique. On disparait.