dimanche 23 août 2020

Visage - masqué ?


C’est le moment de lire le philosophe Levinas

Il a précisément élevé cette partie de notre corps, le visage, au rang d’un sublime concept philosophique.
Le visage est ce par quoi que nous rencontrons autrui.
Ce qui est, selon lui, la chose la plus belle et la plus difficile qui puisse nous arriver. La plus difficile car rencontrer autrui ne se réduit pas à croiser sa route.
On peut même fréquenter des tas de personnes sans jamais avoir, vraiment, rencontré qui que ce soit.
Rencontrer autrui, c’est être débordé par quelque chose que l’on n’attendait pas.
C’est s’ouvrir vraiment à un autre que soi.
Et par cette bouleversante découverte, devenir enfin, soi-même, un sujet.

Le visage lévinassien  est une métaphore qui sert à décrire plusieurs phénomènes :
  • le regard est connaissance, perception. Or le visage peut s’envisager sur un mode épistémologique car l’accès au visage est d’emblée éthique.
  • pour avoir une relation sociale avec autrui, il ne faut pas l’objectiver, le décrire.
  • le visage est dénudé, offert, exposé, sans défense.
  • le visage est ambivalent : il signifie à la fois invitation à tuer, mais aussi interdiction de tuer.
  • le visage est signification, mais signification sans contexte : le visage est sens à lui seul.
  • le visage “parle”. Or, ce visage exige qu’on lui réponde, qu’on réponde de lui. L’apparition du visage est un commandement moral, un ordre.
  • le visage désigne une pauvreté pour lequel je peux tout et à qui je dois tout.
La philosophie d’Emmanuel Lévinas est essentiellement éthique et porte sur la relation du sujet à autrui, autrement dit Levinas essaie de renouveler la pensée de l’intersubjectivité de manière radicale. Pour Levinas, l’éthique est la philosophie première.
Dans Éthique et Infini, l’une de ses oeuvres majeures, Levinas définit la morale comme un absolu qui règle l’existence avec une rigueur implacable et désigne la relation à autrui, ce qu’il nomme la responsabilité-pour-autrui. Selon lui, la relation à autrui est asymétrique : la réciprocité des actions ne peut pas être attendu par le sujet, il doit agir sans savoir ce qu’autrui fera, même si le sujet doit y laisser sa vie. Ainsi, Lévinas renverse la morale de l’autonomie développée par Kant (dont l’autonomie était le point névralgique) : c’est l’hétéronomie du sujet qui rend la morale impérieuse.
Pour penser l’éthique, faisons un bref retour sur l’ontologie de Lévinas. Pour lui, l’homme fait face à l’ “il y a”, c’est-à-dire à l’être impersonnel, sorte de nul part entre l’être et le néant. Pour sortir de l’ “il y a”, autrui doit être vu comme une relation “désintéressée”, il fait que l’homme existe pour-autrui.

Comment rencontre-t-on autrui ? Le Visage

L’expérience d’autrui prend la forme du visage. Qu’est-ce que le visage ? Le visage, chez Lévinas, ne doit pas être compris au sens propre : le visage de l’homme excède toute description possible (couleur des yeux, forme du nez, …)
Lévinas décrit le visage comme une misère, une vulnérabilité et un dénuement qui, en soi, sans adjonction de paroles explicites, supplient le sujet. “Mais cette supplication est une exigence” de réponse, une exigence de soutien et d’aide :
Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place."
Peinture: Auto-portrait de Rembrandt


1 commentaire:

mémoire du silence a dit…

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

Paul Eluard

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