LA DANSE DU BATON
Libellés
- Abécédaire
- Aphorismes
- Arbres
- Artiste
- Audio-Radio
- Auteurs
- Citations
- Cri
- Fragments
- Histoires courtes
- Instant
- Instant d'atelier
- Lecture-Audio
- Lettres
- Mer
- Mémoire
- Peintures
- Penser
- Pensées
- Philosophie
- Poèmes
- Poètes
- Sons
- Tankas
- Temps
- Venise
- Vidéos
- Ville
- audio-song
- fenêtre
- haïkus
- journal
- légende urbaine
- philosophes
- quatrains
- voyages
samedi 31 janvier 2026
mardi 27 janvier 2026
Una storia sbagliata
« C'est une chanson sur commande, peut-être la seule qui m'ait été commandée. Elle fut demandée par Franco Biancacci, à ce moment à RaiDue, comme indicatif de deux documentaires-enquêtes sur les morts de Pasolini et de Wilma Montesi. À cette époque, si je me souviens bien, j'avais commencé à écrire avec Massimo Bubola le disque qui fut intitulé « L'Indiano » (celui qui a comme couverture ce tableau de Remington qui représente un Indien à cheval).
C'est ainsi que je lui ai demandé de collaborer aussi à ce travail. Je me rappelle que nous décidâmes tout court de faire la chanson sur Pasolini, et pas vraiment parce que la mort de la pauvre Montesi nous indifférait, mais par le fait qu'à nous qui écrivions des chansons, comme je crois de la part de tous ceux qui se sentaient dans un certaine mesure liés au monde de la littérature et du spectacle, la mort de Pasolini nous avait transformés quasiment en orphelins.
Nous en avions vécu la disparition comme un grand deuil, presque comme si un proche parent nous avait quittés. Dans la chanson cependant, il reste des traces de cette ambivalence, je veux dire du fait qu'on s'y réfère à deux décès et non à un seul. On l'entend au début quand je chante : «Cos'altro vi serve da queste vita / ora che il cielo al centro le ha colpite [ À quoi d'autre vous servent ces vies/ maintenant que le ciel les a frappées en plein milieu]. »
Comment naît une chanson ? Je dirais qu'une bonne part du sens et de la valeur de la chanson est avant tout dans son titre, Una storia sbagliata [Une Histoire foireuse], une histoire qui n'aurait jamais dû arriver. Au sens où dans une ambiance de civilisation normale, une histoire de ce genre ne devrait pas se passer. Et puis, il me semble qu'il y a deux autres vers qui mieux que d'autres donnent le sens de la chanson : « Storia diversa per gente normale / storia comune per gente speciale [ Histoire différente pour gens normaux / Histoire commune pour gens spéciaux »]; là pour « normal », on doit comprendre médiocre ou peu civilisé et pour « speciale » : normalement, civilement habitué à vivre avec la diversité. Je m'explique : pour une personne mûre et civile, je dirais qu'il est absolument normal qu'un homosexuel fasse la cour à un semblable du même sexe. Et absolument normal même qu'il s'en amourache. Il devrait y avoir, aussi pour un hétérosexuel, mille moyens de se défendre sans recourir à la violence. Malheureusement la culture machiste et intolérante d'un passé encore trop récent, et alors encore plus récente qu'aujourd'hui, et que je définirais un passé encore répétitif, a fait croire à la majorité que le terme « normalité » devait coïncider avec le terme « intolérance ».
Et puis, un autre aspect tragique que nous avons voulu souligner dans la chanson pour la mort de Pasolini est celui lié à une mode malheureusement encore assez courante qui se réfère elle aussi à l'ambiance d'ignorance et de chasse à la différence. C'est le fait que la mort d'un grand homme de pensée soit transformée en viande de porc à débiter sur les étals de boucherie des hebdomadaires poubelles et pas seulement de ceux-là. Le vers « È una storia per parrucchieri [C'est une histoire de perruquiers – une histoire de coiffeurs] » veut dire que c'est une histoire que malheureusement on l'a lue alors et encore parfois encore aujourd'hui sur les revues équivoques pendant qu'on attend pour se faire faire la barbe ou la permanente. C'est un peu en général le sens de la chanson. »
Fabrizio De André
C'est une histoire à oublier
C'est une histoire à ne pas raconter
C'est une histoire un peu compliquée
C'est une histoire foireuse.
Elle commença sous la lune
Et finit dans un fleuve d'encre
C'est une histoire un peu curieuse
C'est une histoire foireuse
Histoire différente pour gens normaux
Histoire commune pour gens spéciaux
À quoi d'autre vous servent ces vies
Maintenant qu'en plein milieu le ciel les a frappées
Maintenant qu'aux bords le ciel les a sculptées.
C'est une histoire de banlieue
C'est une histoire d'un coup et via
C'est une histoire irrésolue
C'est une histoire foireuse.
Une plage aux pieds du lit
Station Termini aux pieds du cœur
Une nuit un peu agitée
Une nuit foireuse
Histoire différente pour gens normaux
Histoire commune pour gens spéciaux
À quoi d'autre vous servent ces vies
Maintenant qu'en plein milieu le ciel les a frappées
Maintenant qu'aux bords le ciel les a sculptées.
C'est une histoire vêtue de noir
C'est une histoire de bas-empire
C'est une histoire pas mal ensablée
C'est une histoire foireuse
C'est une histoire de carabiniers
C'est une histoire de coiffeurs
C'est une histoire un peu putassière
C'est une histoire foireuse
Histoire différente pour gens normaux
Histoire commune pour gens spéciaux
À quoi d'autre vous servent ces vies
Maintenant qu'en plein milieu le ciel les a frappées
Maintenant qu'aux bords le ciel les a sculptées.
Pour la marque qui en est restée
Ne nous demande plus comment elle s'est passée
Car tu le sais que c'est une histoire foireuse
Car tu le sais que c'est une histoire foireuse
Fabrizio De André
Image collage d'Ernest Pignon Ernest à Naples avec la photo de Pierre Paolo Pasolini
représentant La mort de Pasolini, se portant lui-même mort, comme une piéta
samedi 24 janvier 2026
Cohorte
Revenez essuyer
mardi 20 janvier 2026
La fin du courage
«La congélation au milieu de la jeunesse ? Le courage reste très certainement une expérience de la temporalité. Il a ce goût de la vieillesse avant l’heure, ce goût de la vieillesse pendant la jeunesse, et – qui sait ? – ce goût de la jeunesse pour les âmes plus anciennes. Un goût de mort ou d’éternité. Un goût âcre, métallique. Et pour les plus âgés, sans doute, un goût plus doux qui s’identifie à la fin du plus tard. Car ce plus tard n’existe plus ou est sans raison. C’est un goût étrange, en tout cas. Un goût de l’étrangeté. De cette étrangeté qui dit le soi et nous fait accéder à une intimité sobre, désaffiliée du moi. L’étrangeté du courage est cette nécessité de l’humanisme. « J’arrive où je suis étranger », écrit Aragon. Dans ce lieu où je ne connais rien et où tout m’est familier. Dans ce lieu qui fait immédiatement corps alors que je ressens l’infini d’une solitude. « Rien n’est précaire comme vivre, Rien comme être n’est passager. C’est un peu fondre comme le givre. Et pour le vent être léger. » De nouveau, la réminiscence du gel. De ce froid et de son ambivalence. Le vent sait redevenir léger pour les courageux. C’est un frisson terrible, mais c’est aussi une sève. Au plus près de la mort comme au plus près du courage. Expérience de fin de vie avant l’âge. Et les vers d’Aragon peignant l’étrangeté du moment final nous disent la terra incognita du courage. « J’arrive où je suis étranger. Un jour tu passes la frontière. D’où viens tu mais où vas-tu donc. Demain qu’importe et qu’importe hier. […] Passe ton doigt là sur ta tempe. Touche l’enfance de tes yeux. »
Cynthia Fleury, extrait de la fin du courage 2010, Fayard
jeudi 15 janvier 2026
Comment résister ?
ET
« Première règle. Pour reprendre courage, il faut déjà cesser de chuter.
Deuxième règle : il faut accepter de prendre son temps.
Troisième règle : Il faut chercher la force là où elle se trouve.
Quatrième règle : faire face à la vulgarité du monde. Tenir. Sourire. Se tenir prêt. »
mardi 13 janvier 2026
Egarement
je me suis égarée
un jour de printemps
j'ai plongé dans le noir
sans savoir
sa toxicité
aujourd'hui
je vais je viens
des lambeaux de nuit
collés à mes vêtements
et qui qui saura jamais
la peine immense
inscrite
dans cette obscurité
*
Photo: Fabrizio di André
*
samedi 10 janvier 2026
Aimer
" Aimer, c'est avoir de la tendresse pour la solitude de l'autre"
Pascal Quignard
Peinture de Sandrine Hirson



.jpeg)

.jpeg)
.jpeg)
.jpeg)


