
une étrange ballade dans ce vieux quartier Saint-Jean de Lyon
où tout semble pareil et différent
s'égarer dans de vieilles librairies
trouver le bouquin
celui censé vous ouvrir l'esprit
et puis retomber dans cette ville moderne infernale
perdu l'ancienne gare de Perrache
perdu la rue Henri IV
perdu les souvenirs
dans un quadrilataire particulier
qu'on essaie de retracer
entre deux fleuves ondoyant
entre Diogène
le passage
le bal des ardents
la librairie à Soi.e
des noms de librairie qui font déjà rêver
entre Saint Jean les cordeliers
Terreaux Bellecour
un merveilleux labyrinthe
un délicieux vertige
dans quelquechose
dissout disparu
sauf un carnet ancien
d'un poète oublié
que l'on tient entre les mains
"Pendant la lueur qui précède la chute du sommeil, je déchiffre le mur. Tout s'aligne en filigrane, comme dans les dessins de Giacometti. L'ombre noueuse d'un arbre qui se ramifie, sous les moulures, la barre d'un verrou énorme coupant les croisées noires, portant des agrès, des cordages, remuant dans le flot qui baisse chaque fois qu'une fenêtre opposée s'éteint. La noirceur de tous les ustensiles nocturnes par contre s'accentue. Le verre accroche des lueurs. Tous les éléments du jour vus dans leur silence, leur calme diaphane. Sans ce fourmillement strident."
André du Bouchet, cahier noir, octobre 1951