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lundi 31 août 2026
mardi 25 août 2026
Désert
« À l’affirmation d’Héraclite selon laquelle « le monde est un enfant qui joue », comme à l’énigme de la Sphinge, fait écho, chez Nietzsche, la fameuse parabole des « trois métamorphoses », dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Je vais vous dire trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. » Nietzsche fait de l’enfant le dernier terme de la transformation de l’esprit. On dirait qu’il intervertit à plaisir les différents « stades de la marche » dans l’énigme d’Œdipe. Le Chameau est le moment de la jeunesse raisonnable et soumise (à un absolu, à un maître), où l’esprit se force et s’efforce, tout simplement parce qu’il se sent plein de vigueur et qu’il réclame son fardeau, la lourde charge du « tu dois ». Un peu comme si au commencement était l’adolescent débordant d’énergie et de « bonne volonté », un peu trop sûr de lui. Le Chameau porte sa charge avec une sorte de rage euphorique et de fierté, heureux de « s’humilier pour faire souffrir son orgueil », de « faire souffrir son âme par amour de la vérité », acceptant de « se rendre malade », de « parler à des sourds », de « s’aliéner », etc. Puis, ainsi chargé, il se rend au désert. C’est dans la solitude du désert en tant que mise à l’épreuve que l’esprit devient Lion. Désert veut dire absence des maîtres, éloignement des autorités et des valeurs, leçon de relativité. Au terme d’un combat féroce et très long, le « tu dois » du Chameau devient le « je veux » léonin. Le Lion n’est pas encore prêt à être un libre créateur mais « il peut se rendre libre pour la création ». Il s’affirme.
Après la robustesse du Chameau vient la puissance du Lion avant que toutes deux soient niées ou renversées par l’Enfant : faiblesse enfantine contre robustesse, impuissance contre puissance, innocence ignorante contre crispation moralisante ou affirmation de soi. Il ne s’agit plus de s’affirmer mais d’affirmer. « Que peut faire l’enfant que le lion ne pouvait faire ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant ? L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation. »
Extrait du livre de Pierre Péju: Enfance obscure 2011
jeudi 26 février 2026
mardi 20 janvier 2026
La fin du courage
«La congélation au milieu de la jeunesse ? Le courage reste très certainement une expérience de la temporalité. Il a ce goût de la vieillesse avant l’heure, ce goût de la vieillesse pendant la jeunesse, et – qui sait ? – ce goût de la jeunesse pour les âmes plus anciennes. Un goût de mort ou d’éternité. Un goût âcre, métallique. Et pour les plus âgés, sans doute, un goût plus doux qui s’identifie à la fin du plus tard. Car ce plus tard n’existe plus ou est sans raison. C’est un goût étrange, en tout cas. Un goût de l’étrangeté. De cette étrangeté qui dit le soi et nous fait accéder à une intimité sobre, désaffiliée du moi. L’étrangeté du courage est cette nécessité de l’humanisme. « J’arrive où je suis étranger », écrit Aragon. Dans ce lieu où je ne connais rien et où tout m’est familier. Dans ce lieu qui fait immédiatement corps alors que je ressens l’infini d’une solitude. « Rien n’est précaire comme vivre, Rien comme être n’est passager. C’est un peu fondre comme le givre. Et pour le vent être léger. » De nouveau, la réminiscence du gel. De ce froid et de son ambivalence. Le vent sait redevenir léger pour les courageux. C’est un frisson terrible, mais c’est aussi une sève. Au plus près de la mort comme au plus près du courage. Expérience de fin de vie avant l’âge. Et les vers d’Aragon peignant l’étrangeté du moment final nous disent la terra incognita du courage. « J’arrive où je suis étranger. Un jour tu passes la frontière. D’où viens tu mais où vas-tu donc. Demain qu’importe et qu’importe hier. […] Passe ton doigt là sur ta tempe. Touche l’enfance de tes yeux. »
Cynthia Fleury, extrait de la fin du courage 2010, Fayard
jeudi 15 janvier 2026
Comment résister ?
ET
« Première règle. Pour reprendre courage, il faut déjà cesser de chuter.
Deuxième règle : il faut accepter de prendre son temps.
Troisième règle : Il faut chercher la force là où elle se trouve.
Quatrième règle : faire face à la vulgarité du monde. Tenir. Sourire. Se tenir prêt. »
vendredi 25 juillet 2025
ligne qui joue
mardi 22 juillet 2025
Lignes courbes
jeudi 17 juillet 2025
Ligne brisée
Quand on regarde effaré, ce qu'on est, ce qu'on aurait pu être, ce qu'on a été, dans ce magma de contingence, social, génétique, familial, religieux, hasardeux, avec aussi ses propres forces, son propre génome, il est bien difficile de voir le sens, le but. Nous n'étions pas au départ une page vierge sans taches. Aujourd'hui le tracé de ce qu'on a tenté de graver sur le livre de vie s'efface dans un halo blafard. Seule l'écriture pourrait restituer l'histoire en se distançant suffisamment pour ne pas sombrer dans cette crevasse béante du pourquoi, l'épingler, la disséquer avec suffisamment de justesse de courage, d'un regard implacable, sans aucune concession.
Estourelle: 18 mai 2016
Tableau de Paul Klee: The Power of Play in a Lech landscape
mardi 15 juillet 2025
Ligne de fuite
je ne sais pas quel itinéraire prendre. La route disparait au loin et m'entraine avec elle dans son resserrement infini. Le paysage qui défile me happe et me guette. Écrire c'est oublier qu'on est mortel, c'est partir en voyage sur une route qui n'existe pas dans une direction X. Tout ce qui brille attire. Un soleil levant, un lac, un étang, un coucher de soleil sur la mer. On rêve assis au bord du monde, les reflets d'un canal à Venise tout près de la main, un campanile , des mouettes tracent des lignes dans un bleu parfait. Si loin si proche.
Estourelle: 17 avril 2016
Peinture de Kandisky
dimanche 13 juillet 2025
Lire dans la nuit
Cette revendication de la mélancolie, que je fais mienne dans ces essais et dans ceux que j’ai écrits au fil des années dans la direction de la pensée de Jacques Derrida, n’a rien pourtant de pathétique (j’ose l’espérer), mais se veut, au contraire, mémoire active, ranimée, soulevée par un même (et toujours différent) désir de lire et d’écrire. Car si l’on tentait de faire tenir l’ensemble de l’œuvre de Jacques Derrida en un seul mot, celui de « mémoires » lui conviendrait parfaitement. « Mémoires » au pluriel bien entendu, car celui qui disait aimer la « mémoire absolue », aimait aussi ce mot parce qu’il était étroitement lié à l’écriture et à la trace. La mémoire, c’est ce qu’on ne peut jamais s’approprier, elle échappe et revient, perdue (en dépit de tous les aide-mémoire et mémentos) mais aussi toujours revenante, même sous une forme dissimulée, interdite ou refoulée. Si la mémoire est l’inconscient même, son expérience reste toujours, comme l’écrit Derrida dans Mal d’Archive, une « attente sans horizon d’attente, l’impatience absolue d’un désir de mémoire », dans un mouvement inlassable de reprise, de réitération, de relance. Dans un débat avec Hélène Cixous, Derrida avait dit, en guise de « dernier mot » : « C’est la question de l’impossible : je crois que nous sommes toujours en train de jeter des choses puis de les reprendre. » Et on se rappelle cette phrase, murmurée à mi-voix dans le film de Safaa Fathy, D’ailleurs, Derrida : « Je ne jette à peu près rien. » Les mémoires de Derrida prennent aussi souvent la forme du « journal de bord » comme dans Parages ou « Un ver à soie », dans Voiles, où cette forme mouvante, mobile, à peine un genre passant la ligne entre vie et écriture, appartient au « registre d’une navigation » où « tous les bords, d’un texte à l’autre, sont aussi des rivages, rivages inaccessibles ou rivages inhabitables. Paysage sans pays, ouvert sur absence de patrie, paysage marin, espace sans territoire, sans chemin réservé, sans lieu dit. » « Mémoire » est ainsi le nom d’un « frayage du chemin », d’un espacement, du déplacement des frontières (génériques, politiques) : le nom même de la differance. C’est à cette ouverture de la pensée derridienne – et tout particulièrement quant à la littérature – que ces essais tentent chaque fois de répondre.
Ginette Michaud
jeudi 10 juillet 2025
Ligne
Wassily Kandinsky
La ligne qui va
mardi 24 juin 2025
"Santé mentale"
"Au Moyen Âge, on supposait qu’il existait dans le cerveau des fous une pierre appelée « pierre de folie ». Au XVIème siècle, le recours à la trépanation était censé permettre d’extraire cette pierre afin de guérir le malade de sa folie. Ainsi, le tableau de Jérôme Bosch, exposé au Prado, représente cette intervention chirurgicale.
mercredi 11 juin 2025
dimanche 25 mai 2025
Shantidas
lundi 12 septembre 2022
L'empreinte du temps
«On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve» disait Héraclite philosophe grec en 540 avant Jésus-Christ.
Le fleuve de vie. Depuis le premier jour, ce fleuve nous pénètre et nous entrons en lui ou en elle, la vie. Elle nous marque de son courant, que nous transformons de notre empreinte. Nous dérivons, nageons, nous nous mélangeons à ses eaux, son flot tumultueux, pour former toujours plus de vie en devenir.
« Il y a un temps tellement inconnu au fond de nous qu’il est intrahissable, intraduisible. Ce qui s’est perdu éperdument rayonne encore. Ce qui est neuf le demeure toujours… Derrière l’écume de la vague, le mouvement qui la roule, le mouvement qui l’élance est la chose la plus mouvante, la plus pressante, la plus ancienne, c’est le neuf. Dans tous les jaillissements, il n’y a qu’un seul jaillissement. Celui de la source. L’épiphanie du jadis qui revient sans cesse nous hanter, nous propulser. » Dit Pascal Quignard
L’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse. Quand s’arrête un âge, quand commence un autre. Invention social ? Comment décoller l’homme du passé, de l’hérédité, de l’emprise sociale. Comment déchaîner la chaîne? Par la formule magique «Il était une fois»:
Il était une fois, une femme d’origine allemande qui à l’âge de 90 ans dit à sa fille: « je crois que j’ai atteint maintenant la Vie et Yes ». Elle prononçait phonétique ment avec son accent, mais un peu de malice frisait son iris bleu d’un clin d’œil malicieux, elle était contente de son jeu de mot ! Pour sa fille ce fut magique. Cela résonnait aussi : Vie et Yes - Vie et Oui ! Qu’importe les périodes, les âges, les étiquettes, les nominations, un seul fleuve coule en nous. On y adhère, on y consent, on est emporté!
VIE Et YES, l’adhésion à la vie depuis le tout début, le oui au fleuve de vie, ce qui circule depuis l’origine, jusqu’à aujourd’hui. Malgré les barrages, les éboulements, la vie se fraie un passage, elle nous étonne, nous éblouie, nous bouleverse, nous chamboule depuis le commencement et tous les jours. / Elle a besoin qu’on ouvre les portes, les fenêtres, les vannes. Elle va où elle veut. Elle a aussi parfois besoin qu’on la retienne avec juste quelques pierres, un peu de sable, un peu de mousse, des roseaux chantant dans le vent!
C’est elle qui fait notre nom. Notre nom est un nom courant qui court, qui se transforme avec le courant du fleuve, / notre histoire n’est pas figée, elle va, elle vit, elle tremble, pleure, rit, crie, parle. / C’est cette source, ce fleuve, cette océan qui nous fait : qui nous fait rêveur, poète, musicien, père, mère, grand-père, grand-mère. Nous devenons le lecteur, le jongleur, l’inventeur, le bricoleur, le couvreur, le jardinier, le cuisinier, le prof, le dessinateur, le clown, le peintre, l’inventeur d’histoires, le conteur, tant d’autres choses encore! Avec notre prénom qui précède le nom et ses mystérieuses résonances en nous, ses consonnes, ses voyelles dansantes! Avec le rire qui caracole furioso dans le tumulte des vagues! furioso
On devient son nom tous les jours !! Yes et Yes!!! encore de la Vie et Yes !!!
Chaque jour est une naissance.
Dominique-Estourelle
Inspiré par le livre de Pascal Quignard : « Sur le jadis »
et le témoignage de la maman d’Hélène Cixous (écrivaine)




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