mardi 20 janvier 2026

La fin du courage


«La congélation au milieu de la jeunesse ? Le courage reste très certainement une expérience de la temporalité. Il a ce goût de la vieillesse avant l’heure, ce goût de la vieillesse pendant la jeunesse, et – qui sait ? – ce goût de la jeunesse pour les âmes plus anciennes. Un goût de mort ou d’éternité. Un goût âcre, métallique. Et pour les plus âgés, sans doute, un goût plus doux qui s’identifie à la fin du plus tard. Car ce plus tard n’existe plus ou est sans raison. C’est un goût étrange, en tout cas. Un goût de l’étrangeté. De cette étrangeté qui dit le soi et nous fait accéder à une intimité sobre, désaffiliée du moi. L’étrangeté du courage est cette nécessité de l’humanisme. « J’arrive où je suis étranger », écrit Aragon. Dans ce lieu où je ne connais rien et où tout m’est familier. Dans ce lieu qui fait immédiatement corps alors que je ressens l’infini d’une solitude. « Rien n’est précaire comme vivre, Rien comme être n’est passager. C’est un peu fondre comme le givre. Et pour le vent être léger. » De nouveau, la réminiscence du gel. De ce froid et de son ambivalence. Le vent sait redevenir léger pour les courageux. C’est un frisson terrible, mais c’est aussi une sève. Au plus près de la mort comme au plus près du courage. Expérience de fin de vie avant l’âge. Et les vers d’Aragon peignant l’étrangeté du moment final nous disent la terra incognita du courage. « J’arrive où je suis étranger. Un jour tu passes la frontière. D’où viens tu mais où vas-tu donc. Demain qu’importe et qu’importe hier. […] Passe ton doigt là sur ta tempe. Touche l’enfance de tes yeux. »


Cynthia Fleury, extrait de la fin du courage 2010, Fayard


 











Aucun commentaire: