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dimanche 4 octobre 2026
mercredi 30 septembre 2026
lundi 21 septembre 2026
Bardo solo
Bardo solo est l’une des composantes de Retour au goudron, une performance éditoriale signée Infernus Iohannes qui clôt l’édifice post-exotique dont Antoine Volodine a longtemps été le porte-parole.
jeudi 17 septembre 2026
disparition
dans l'effacement
jeu des apparitions
disparitions
on est hors du temps
l'intensité du présent
un instant posé
il s'est effacé
fragile moment de paix
recueilli un jour
dimanche 13 septembre 2026
un instant passe
se pose un peu d'âme
un rien sur l'eau qui s'en va
la laisser aller
le saule pleureur
effleure l'eau un léger
très léger soupir
jeux d'ombre et lumière
transparence miroitement
une joie limpide
des reflets changeants
au bord de mon âme passent
rivière tranquille
mardi 8 septembre 2026
Aîtres
L’aître, nous dit le Littré, est, dans une église, « ce corps avancé qui précède le portail », ce vestibule par lequel il nous faut accéder afin d’entrer dans l’imposant édifice. Avant d’habiter la langue en laquelle nous pensons, nous faut-il en passer par ses aîtres, lesquels, s’ils ne sont eux-mêmes la demeure, nous y donnent accès. Une langue, en effet, ne se parle usuellement qu’en nous imposant son état construit, et le plus souvent, intentionnel. Or, tout l’enjeu de cet ouvrage, publié pour la première fois en 1975, consiste à méditer, en deçà de la logique de la signification établie, son état préconstruit, son moment d’ouverture par lequel elle surgit à l’état naissant, forte de cette lucidité puissancielle qui la rend inventive et proprement pensante. En méditant le rapport du verbe et du temps, l’instance du parfait dans la langue philosophique grecque ou encore la puissance comme l’impuissance du « logos » dans l’ensemble de ses acceptions, les trois études qui composent cet ouvrage ont pour vocation de nous rendre attentifs à ce qui, nourrissant toute signification, n’en relève pas encore.
vendredi 4 septembre 2026
lundi 31 août 2026
mardi 25 août 2026
Désert
« À l’affirmation d’Héraclite selon laquelle « le monde est un enfant qui joue », comme à l’énigme de la Sphinge, fait écho, chez Nietzsche, la fameuse parabole des « trois métamorphoses », dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Je vais vous dire trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. » Nietzsche fait de l’enfant le dernier terme de la transformation de l’esprit. On dirait qu’il intervertit à plaisir les différents « stades de la marche » dans l’énigme d’Œdipe. Le Chameau est le moment de la jeunesse raisonnable et soumise (à un absolu, à un maître), où l’esprit se force et s’efforce, tout simplement parce qu’il se sent plein de vigueur et qu’il réclame son fardeau, la lourde charge du « tu dois ». Un peu comme si au commencement était l’adolescent débordant d’énergie et de « bonne volonté », un peu trop sûr de lui. Le Chameau porte sa charge avec une sorte de rage euphorique et de fierté, heureux de « s’humilier pour faire souffrir son orgueil », de « faire souffrir son âme par amour de la vérité », acceptant de « se rendre malade », de « parler à des sourds », de « s’aliéner », etc. Puis, ainsi chargé, il se rend au désert. C’est dans la solitude du désert en tant que mise à l’épreuve que l’esprit devient Lion. Désert veut dire absence des maîtres, éloignement des autorités et des valeurs, leçon de relativité. Au terme d’un combat féroce et très long, le « tu dois » du Chameau devient le « je veux » léonin. Le Lion n’est pas encore prêt à être un libre créateur mais « il peut se rendre libre pour la création ». Il s’affirme.
Après la robustesse du Chameau vient la puissance du Lion avant que toutes deux soient niées ou renversées par l’Enfant : faiblesse enfantine contre robustesse, impuissance contre puissance, innocence ignorante contre crispation moralisante ou affirmation de soi. Il ne s’agit plus de s’affirmer mais d’affirmer. « Que peut faire l’enfant que le lion ne pouvait faire ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant ? L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation. »
Extrait du livre de Pierre Péju: Enfance obscure 2011
mardi 18 août 2026
vendredi 14 août 2026
dimanche 9 août 2026
Ainsi qu'une nuit claire (2)
M.J. : Quel est le rapport entre la poésie d’André du Bouchet et la peinture ?
H.M. : Reprenez ce trait d’André du Bouchet : « Non, je ne nommerai pas, qui dans les montagnes, se sera en pleine nuit, allongé sur la route, appliquant l’oreille contre l’empierrement pour tenter, alors, il y a un siècle et quelques, peut-être deux siècles, de percevoir le roulement de la roue du courrier porteur de nouvelles, on ne sait plus lesquelles, attendues. Et son attente ne s’étant pas matérialisée, comme à côté de soi, a pu, se remettant debout, aviser tout d’un coup les étoiles, leur éclat dans sa férocité, telles que jamais encore il ne les avait perçues.» C'est un texte dans :"Ici en deux"
Il y a une peinture de Tal Coat de 1972, Ainsi que la nuit claire. La toile est entièrement bleue, et elle surgit à côté de vous, de tous les côtés, vous enveloppant. Ce bleu de la nuit, c’est une forme bleu-noir diffusant dans des bleus lumineux, qui est ubiquitaire ; cette forme, constituée par le rythme de la couleur, appartient vraiment à toute la toile, n’est pas localisable, n’occupe pas un plan. Elle ne se détache pas non plus d’un support. Tout le problème de la peinture, c’est d’ouvrir le support, et c’est tout le problème de la poésie d’André du Bouchet. Ouvrir le support pour qu’il entre en présence, dans l’être-œuvre d’une peinture ou d’un poème ; je ne peux pas vous dire plus. En peinture, comment s’ouvre-t-il ? Par des transparences ou des opalescences intérieures, qu’on ne peut pas situer à un plan déterminé et qui créent un quotient de profondeur qui est identique au gradient d’ouverture de la matière. J’habite l’espace de la toile, qui est un espace ouvert en ce que sa profondeur et son ouverture ne font qu’un. La poésie de du Bouchet est – tout au long – une tentative pour ouvrir le support. Le support, qu’il attend toujours à chaque pas et, après chaque pas, pour assurer le suivant, mais qui est aussi bien donné au moment où le pied s’élève et se trouve suspendu au-dessus du vide, n’est donné que dans la marche même. D’où cette épellation de la marche dans sa poésie, pour entretenir en mouvance le support de telle façon qu’il ne soit pas un objet que l’on a en face de soi, ou sous soi, un sol sur lequel on marche. Et il ne l’est pas parce qu’il est le vide, le rien qui est imprenable mais qui, lui aussi, est à ouvrir, car il ne doit pas figurer une région étrangère. Il faut, en quelque sorte, que cette étrangeté, à son tour, fasse partie de mes aîtres, et que j’aie à intégrer, en intériorisant le ‘hors’, le ‘hors de moi’. Cette poésie en marche à travers elle-même est alors un ‘Andenken’. Il n’y a pas de pensée qui soit plus à même de la réalité qu’une telle pensée qui ne se dérobe pas à sa tâche infinie. La poésie d’André du Bouchet est toujours proleptique, elle anticipe, elle est déterminée par ce qu’elle n’est pas encore. Or, c’est de cette façon, finalement, qu’Emil Staiger, dans ses Principes fondamentaux de la Poétique définit le dramatique : « Quelque chose doit arriver qu’on ne sait pas et dont l’urgence, l’imminence détermine tout : tous les gestes du héros tragique sont déterminés par ce qui n’est pas encore. » C’est en ce sens qu’au fond, la poésie d’André du Bouchet est à certains égards une poésie dramatique, à cause de cette tension sans fin, cette tension multipliée, et multipliée par elle-même.
Cet entretient d'Henri Maldiney avec Michael Jakob est primitivement paru sous le titre: "La poésie d'André du Bouchet ou la genèse spontanée" dans comparaison. An international journal of comparative literature, n° 2 (1999), Amsterdam, Peter Lang, p. 5-16
mercredi 5 août 2026
Ainsi qu'une nuit claire (1)
il y a quelque chose
qui s'avance drapé de nuit
je ne sais si cela va me frapper
ou me délivrer
un effroi m'envahit
Peinture de Tal Coat: Ainsi qu'une nuit claire, 1972
jeudi 30 juillet 2026
Farytale
l'enfant marche sur le fil du temps
comme s'il flottait léger dans l'espace
il suit l'oiseau sous un soleil brûlant
vers les remparts de la ville qui s'efface
Farytale: Paul Klee
lundi 27 juillet 2026
vendredi 24 juillet 2026
mardi 21 juillet 2026
Extrait de lecture
Le 20 janvier, Lenz partit à travers les montagnes. Cimes et hauts plateaux sous la neige, pentes de pierre grise dévalant dans les vallées, étendues vertes, rochers et sapins. Il faisait un froid humide ; l’eau ruisselait des roches et rejaillissait sur le sentier. Les branches des sapins pendaient, lourdes, dans l’air pluvieux. Au ciel passaient des nuages gris, mais tout était si opaque ! – et puis le brouillard montait à gros bouillons, se traînait, pesant, humide, à travers les buissons, si paresseusement, si lourdement ! Il poursuivait sa route, indifférent ; peu lui importait le chemin qui montait et descendait. Il ne sentait aucune lassitude ; mais, par instants, il lui était désagréable de ne pas pouvoir marcher sur la tête. D’abord, il se sentait oppressé, lorsque le roc soudain s’écartait, lorsque la forêt s’agitait à ses pieds et que le brouillard, tantôt engloutissait toute forme, tantôt découvrait à demi les membres puissants de la Nature : il était angoissé, il cherchait quelque chose, comme des songes perdus ; mais il ne trouvait rien. Tout lui paraissait tellement petit, et proche, et mouillé ; il eût voulu mettre la Terre à sécher derrière le poêle. Il ne comprenait pas comment il lui fallait tout ce temps pour dévaler une pente, pour atteindre un point éloigné ; il pensait qu’il eût dû être capable de tout franchir en quelques pas. Parfois seulement, lorsque la rafale rejetait la brume dans la vallée et que sa vapeur bouillonnait au long des forêts ; lorsque les voix s’éveillaient dans les rochers, tantôt pareilles à l’écho du tonnerre mourant au loin, tantôt en mugissements puissants, avec de tels accents qu’elles paraissaient vouloir, en leur sauvage allégresse, chanter les louanges de la Terre ; lorsque les nuages s’approchaient, bondissant comme des chevaux ardents, hennissants ; lorsque le soleil perçait la nuée et venait à lui, et tirait son épée étincelante sur les plaines neigeuses, si bien qu’un trait d’aveuglante lumière tranchait l’espace, franchissait les sommets, atteignait aux vallées ; ou bien lorsque le vent écartait les nuages et y déchirait un lac d’un bleu transparent, que le grondement se taisait et que, des gorges profondes ou des hauts sapins, montait un murmure, comme d’une berceuse ou d’une sonnerie de cloches ; lorsque montait sur le bleu profond une légère lueur rouge, que passaient sur des ailes d’argent les petits nuages, et que tous les sommets étincelaient, aigus et fermes, dans le lointain, par-delà le paysage, – il sentait une déchirure en son sein, il se tenait, haletant, le buste penché en avant, la bouche et les yeux béants. Il sentait qu’il eût dû attirer en lui l’orage, accueillir toutes choses, il s’étirait et s’étendait sur toute la terre, il se creusait un passage dans l’Univers, c’était alors une volupté jusqu’à lui faire mal. Ou bien il s’arrêtait, posait sa tête dans la mousse et fermait à demi les yeux ; tout alors s’éloignait de lui, la terre reculait sous lui, devenait toute petite, comme une planète errante, et puis plongeait en un fleuve grondant dont les flots clairs roulaient à ses pieds. Mais ce n’étaient que des instants ; il se relevait alors, l’esprit clair, ferme, paisible, comme si un jeu d’ombres eût passé sous ses yeux, – il ne se souvenait de rien. Vers le soir, il parvint au sommet de la chaîne, au champ de neige d’où l’on redescend, à l’ouest, vers la plaine. Il s’assit ; tout, avec le soir, était redevenu plus calme ; les nuages étaient immobiles au ciel ; aussi loin qu’atteignait le regard, rien que sommets d’où descendaient de vastes pentes, et tout était si tranquille, gris et crépusculaire. Il se sentit effroyablement solitaire ; il était seul, tout seul. Il voulut parler avec lui-même, mais il ne le put pas ; à peine osait-il respirer ; le mouvement de son pied, qu’il pliait, retentissait comme un tonnerre au-dessous de lui, il dut se coucher. Une angoisse indicible le saisit au milieu de ce néant : il était dans le vide ! Il bondit sur ses pieds et descendit en courant.
samedi 18 juillet 2026
Forêts
vendredi 17 juillet 2026
Lire dans la nuit (2)
LIRE DANS LA NUIT ET AUTRES ESSAIS POUR JACQUES DERRIDA : GINETTE MICHAUD
Je n’ai peut-être pas suffisamment, ou trop implicitement, fait droit aux mots qui se sont imposés dans mon titre, « Lire dans la nuit », en pensant à la lecture que fait Derrida du poème de Celan dans Béliers :
« Comme Gadamer j’ai souvent tenté, dans la nuit, de lire Paul Celan et de penser avec lui. Avec lui vers lui. »
Je ne commenterai pas ici cette phrase, à la fois si simple et insondable, sa syntaxe inimitable qui laisse entendre, dans la reprise de ces trois "lui", mêmes et autres, ce qui luit comme une luciole dans la nuit du poème. Je soulignerai seulement pour finir – car c’est là que commence la littérature – que, dans cette nuit qui appelle la seule lecture qui importe, il s’agit, comme l’écrit Benjamin, de "lire ce qui n’a jamais été écrit." Ce type de lecture est le plus ancien : la lecture avant tout langage, dans les entrailles, dans les étoiles ou dans les danses ».
Mais encore faut-il, malgré tout, savoir lire. Qu’est-ce que « lire » ?
Ces derniers temps, ce ne sont pas les théoriciens de la littérature ni les philosophes qui m’aident à m’orienter, mais un historien de l’art comme Didi-Huberman quand il remarque :
Encore faut-il savoir regarder : c’est-à-dire ne pas vouloir abandonner l’image à l’« icône », l’empreinte au « cliché », la marque qu’elle nous fait – punctum, blessure, trace, ouverture – à la « marque » industrielle par laquelle on la transforme en marchandise. Encore faut-il ne pas abandonner le voir au« voyeurisme », la médiation à la « médiatisation », le virtuel comme champ de possibilités au « virtuel » comme champ d’impuissance de l’image, l’événement à l’« événementiel », la sensation au « sensationnalisme », le sentiment au « sentimentalisme » et, donc, le pathos au « pathétisme ».
*Juan-Manuel Garrido Wainer, « Phraser la mutation : entretien avec Jean-Luc Nancy », Mediapart, 13 octobre 2015 ; [en ligne], url : <http://blogs.mediapart.fr/blog/
*juan-manuel-garrido-wainer/121015/phraser-la-mutation-entretien-avec-jean-luc-nancy>,consulté le 14 juin 2019 ; repris sous le titre "Jean-Luc Nancy : penser la mutation" dans Les Cahiers philosophiques de Strasbourg, op. cit., p. 15-25.
*J. Derrida, Béliers, op. cit., p. 26.
*W. Benjamin, « Sur le pouvoir d’imitation » [1933], trad. fr. M. de Gandillacrevue par P. Rusch, dans OEuvres, t. ii, op. cit., p. 363, cité par G. Didi-Huberman dans Ninfa dolorosa, op. cit., p. 116.
* G. Didi-Huberman, Ninfa dolorosa, op. cit., p. 88.
mardi 14 juillet 2026
Forêts
embranchements croisés
désirs enfouis dans la nuit
mémoires enchevêtrées










