Il pleuvait ce jour là, elle ne savait où aller. La ville recrachait une brume noire de son asphalte. Son regard fut attiré en hauteur par une peinture murale, au-dessus d'une galerie d'art, sorte de street-art représentant le visage d'une femme en gros plan, masquée. Elle a regardé longuement cette peinture sous son parapluie, puis est entrée dans la galerie, déserte. Une femme attendait sans attendre, habituée à ce que personne n'entre dans son espace culturel. Elle mit son masque et elles parlèrent...des masques! Mais aussi de l'étrangeté de la situation, de la fresque murale dehors, de ce masque géant qui semblait regarder la ville, regarder eux! les masqués, une mise en abyme qui embarquait on ne savait où!
Intéressée par les œuvres exposées, surtout contemporaines, la galeriste lui montra des portraits faits avec du fer forgé, sculpté, le vide laissé entre les circonvolutions du fer dévoilant des visages. On devinait celui de Picasso, de Nougaro, de Ferré, de Lavillier. Cette nuit, elle avait entendu la voix d'Aragon à la radio, disant ce vers connu: «Il n'y a pas d'amour heureux». Habitée par cette voix, elle dit à la dame de la galerie: «Dommage qu'il n'y ait pas le portrait d'Aragon!». Elle sortit sous la pluie, un masque de tristesse sous son masque en tissu. La Joconde en pixels la suivit des yeux.
1 commentaire:
Une embrasse
vers toi
sans masque
un jour viendra
amitié
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