jeudi 17 décembre 2009

Venise - Palazzo Zenobio -




Au fond du miroir
s'esquisse un au revoir
reflet de gestes dérisoires
soudain figés sur la photo

vertige avalant le présent
fenêtre ouvrant
sur le vide dupliqué
à l'infini

devançant tout adieu
la glace referme
son secret
sur l'avenir englouti

vendredi 11 décembre 2009

Donnez moi des jardins


Laisse moi un jardin
pour mémoire
que je puisse m'y asseoir
au temps des grands froids
au temps des désespoirs.

Savoir qu'il existe
pouvoir y revenir
en pensée
redonne au présent
un peu de chaleur
apaise le coeur.

Retourner dans le jardin
le garder comme il me garde
qu'il soit ce lieu de paix
où se recueillent mes songes
où se déposent les terreurs
juste un instant
comme se posent
doucement les feuilles.

Qu'il ne reste que la brise marine
qui fait onduler le cyprès
si près du ciel
si sombre dans le bleu
que cela soit ainsi
que la parole dessine le désir
et lui donne vie.


dimanche 29 novembre 2009

A black sunday




A la radio une voix connue
s'est tue
happée par la mort

la chanson de Bashung
résonne dans la radio:
"J'ai dans mes bottes
des tonnes de questions
où subsiste encore ton écho"

la voix de ma mère s'est tue
engloutie dans le silence
et me rejoint comme
par intermitence

la mort et son écho
se propagent encore
par ondes de choc

jeudi 19 novembre 2009

Bushmen



C'est un homme de l'époque
où l'on mangeait dans les cauris,
de l'époque de la philosophie,
l'homme-goutte haut comme trois dattes,
gardien silencieux de l'équilibre.
Petit homme la lenteur patiné de terre rouge,
petit homme-l'eau humant la falaise,
petite personne-ébène gardienne du trésor de solitude,
gardien-ange armé de la badine à six fougères,
disperseur de nuées d'enfants rieurs.
C'est un petit homme de l'époque d'un grand silence,
de l'époque sans bruit,
chasseur de rêves balayant l'incertitude
à la porte des tourments:
une main un vol d'oiseaux balayant le coucher.

Lo*Jo (Musique)
Texte de Denis Péan

Danse de transe chez les bushmen du désert
Kalahari, Botswana. (Sebastiao Saldago/
Amazonas images, 2008). La longue campagne
que mena Survival en faveur des Bushmen
aboutit en 2006 à une décision juridique
historique qui confirma l'illégalité
et l'anticonstitutionnalité
de l'expulsion de leurs terre ancestrale.

mercredi 11 novembre 2009

L'une des siens



Je suis une des lettres de l'écriture d'une femme,
un des échos de la voix d'elle, l'une des siens,
l'une des siens, l'un des siennes
un chien, une sirène,
un lien de sa lignée, une délié de ses pleins,
quelqu'un d'elle.
Tamanassé an des'yeux ça
je ne suis sans doute qu'un,
qu'un comme toi,
qu'un écho inaudible des lacunes humaines.
l'épopée d'une langue vivante
Tamanassé an des'yeux ça
tamanassé an des'yeux ça
la distance est si grande qui nous lie,
les orthographes n'auront plus d'encre à leurs dérives.
Tamanassé an des'yeux ça
je suis une des lettres de l'écriture d'une femme,
un des échos de la vois d'elle, l'une des siens,
l'une des siens, l'un des siennes,
un chien, une baleine,
un lien de sa ligne, un délit de sa peau,
quelqu'un d'elle,
quelqu'indien de sa plaine sur le chemin de naguère,
l'une des siens, l'un des siennes,
un rêve, une sirène,
un lion de sa jungle, un délié de ses peines,
quelqu'un d'elle.

La distance est si grande qui nous lie,
les orthographes n'auront plus d'encre à leur dérives.
Tamanassé an des'yeux ça

Discographie : Lo*Jo
Texte: Alain Ligier/Denis Péan

mercredi 4 novembre 2009

Le royaume de l'hyppocampe




Au royaume de l'hyppocampe
l'immobilité des eaux profondes
le silence des abysses.
Du fond d'un passé marin
il avance impassible
dans la fluidité de l'ombre
à l'écoute de signes
imperceptibles.

Sur la surface du miroir
se reflète l'oubli
d'un temps révolu.

Les objets aspirent nos souvenirs
et on reste longtemps
devant leur beauté glacée
figé muet.

Et la question se pose
qu'à donc vu l'oeil de l'hyppocampe
que sait-il que nous ne saurons pas
que nous ne saurons jamais ?

L'énigme vertigineuse
nous traverse un instant
impression fugitive
d'effleurer le surnaturel.

C'est nous qui rendons une âme aux objets
mais ce sont eux finalement
qui nous surprennent étrangement.






mercredi 28 octobre 2009

Me voici dans le noir



Je me souviens seulement d'une ondée de soleil, d'une lumière versante,

et du silence des bois, en attente de pas.
Et la certitude de ce chemin,
de ce sentier plein, terreux,
et la tranquille turbulence du sang.
Même si ce furent des ailes: je m'enlisais
dans une terre molle, boueuse.

Fabio Pusterla
(Ed. Empreintes 2001, trad de l'italien par Mathilde Visher)