Il chasse les bribes de piano qui s'attardent dans sa tête, qui s'accrochent obsédantes et ne veulent pas mourir, [c'est une résurgence, un point, une petite fontaine solitaire dans une carrière*,] c'est l'adagio cantabile de la pathétique de Beethoven, à la fois mélancolique et entrainant, tantôt on a l'impression de marcher dans des vallées sombres et parfois dans des prairies ensoleillées : c'est Beethoven . Il se rappelle, quand il jouait sur le piano noir, les notes résonnaient dans l'appartement, lui réchauffaient le cœur, l'âme. Réenchanter le monde par la musique, l'art, la poésie, la philosophie, les idées, est-ce encore possible dans ce monde consumériste, technologique, numérique et triste. Il se met à courir, regarde autour de lui comme s'il était poursuivi . Le soleil au zénith, écrase la rue d'une lumière blanche, brûle l'asphalte. On dirait qu'il veut échapper à la fournaise, les ombres sont trop courtes, il sautille au risque d'avoir encore plus chaud. [C'est un point, et c'est une distance, et moi je suis entre le point et la distance se dit-il, une descente dans la surface des choses, une concentration sur le surgissement de ce qui fait source ou écho, une pure sensation qui, surfant sur elle même, se comporterait en même temps, comme une sonde, comme le fait elle aussi la douleur.*] Ainsi, Il va d'une ombre à l'autre.
* Phrases extraites de Tuiles détachées de Jean Christophe Bailly
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire