vendredi 5 février 2021

Labyrinthe

 


[Il se laisse tomber dans son fauteuil, les yeux grands ouverts, sans savoir ce qu'il fixe avec tant d'intensité, il ne bouge plus.] Il laisse le fil de ses pensées osciller tantôt ici, tantôt là, sans fixer son attention nulle part. Bientôt il perd le fil, il perd conscience dans les brumes du rêve. Il voit un labyrinthe de haies de buis, taillées à hauteur d'homme. Il lève la tête. Au dessus de lui le ciel est noir, menaçant. Il doit sortir au plus vite de là, mais n'a pas envie d'errer sans fin pour trouver la sortie. Il connait trop ces jeux là. Il s'assoit par terre, fatigué, découragé, les genoux relevés, la tête dans les mains. Qu'est-ce que je fais là, songe-t-il, j'ai perdu le fil d'Ariane, je vais peut-être rencontrer le minotaure. Il frissonne. Tout cela n'a ni queue ni tête, comme un labyrinthe. Ni début ni fin. On est au milieu et on se démerde, comme dans la vraie vie. La vraie vie qu'est-ce donc? Il soupire, se relève et marche au hasard, d'un pas trainant. Peu à peu la marche lui redonne de l'énergie, de la confiance. C'est un rythme pendulaire. Ça vit, ça vibre en lui. Il aperçoit un papillon bleuté, devant lui. Il le suit du regard. Ses pas vont dans cette direction. Le papillon laisse une tache bleue sur le feuillage sombre des buis. A ce moment précis, il Voit. Il voit la sortie du labyrinthe et derrière, une immense prairie, tachetée de fleurs jaunes.*It may be a shade that traverses a dust, a force that traverses a shade. Une ombre qui traverse une poussière, une force qui traverse une ombre. Il connait bien cet auteur, ces mots lui reviennent de temps en temps comme une incantation.

*De Wallace Stevens, dans An ordinary evenement in New Haven( extrait de: tuiles détachées de Jean christophe Bailly



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